Territoires : le MEDEF doit s’occuper de toute la cordée !
Le véritable capitalisme est celui qui associe les salariés à la performance de l’entreprise

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Territoires : le MEDEF doit s’occuper de toute la cordée !

 

Cette tribune a initialement été publiée le lundi 16 avril sur le site de l’Opinion.

A la faveur d’une croissance plus solide, la France semble enfin sortir la tête de l’eau sur le front de l’emploi. Le recul du chômage de masse, que pointent les dernières statistiques du marché du travail, est évidemment très encourageant. D’autant que l’amélioration de l’emploi dans le secteur marchand se lit non seulement dans les chiffres bruts (+ 268 800 créations de postes l’an dernier) mais comporte une dimension plus qualitative, avec l’augmentation nette des CDI (+14%).

S’arrêter à ces bonnes nouvelles serait malgré tout une erreur ! Car si le taux de chômage connaît une première décrue, de très fortes disparités entre les territoires subsistent encore. La réalité est cruelle pour notre pays : l’emploi se crée essentiellement dans les dix plus grandes métropoles françaises. Sur le reste du territoire, où la population active est faible, ou en déficit d’activité, sous l’effet de la désindustrialisation marquée de ces quinze dernières années, le taux de chômage reste à un niveau trop élevé.

Si l’on ne corrige pas le tir très vite, ces disparités territoriales pourraient encore se creuser. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’elles vont de pair avec un mouvement de métropolisation de l’activité, liée à la montée en puissance de l’économie de la connaissance, qui favorise elle-même une concentration des talents dans les régions les plus attractives. L’Ile-de-France représente ainsi à elle seule près de la moitié des créations d’emplois des métropoles de l’hexagone… Pour résumer la situation, avec une métaphore bien connue : les métropoles vont bien parce qu’on y trouve les premiers de cordée. Le problème c’est que la cordée justement ne fonctionne pas correctement : une cordée efficace doit être solide du premier au dernier grimpeur, chaque alpiniste y tenant un rôle clé tant pour permettre d’atteindre le sommet (la performance) que pour assurer l’arrivée sain et sauf de tout le groupe (la cohésion).

Sans nier le phénomène bien connu des économistes de la « métropolisation de l’économie » nous ne pensons pas qu’il faille s’y résigner. D’abord, dans un pays avec une géographie particulière comme la France, un abandon des villes moyennes et des territoires ruraux et lointains (départements d’Outre-mer) serait démocratiquement suicidaire. Ensuite, parce qu’on voit au sein de nombreux territoires des contre-exemples réussis. Ainsi, que l’on se déplace dans le cadre de nos mandats militants au MEDEF, ou que nous cherchions à poursuivre le développement de nos entreprises, nous sommes en mesure de témoigner qu’il y a des exceptions à cette théorie économique dominante : on trouve des écosystèmes d’entreprises, innovants et performants, où PME et ETI maintiennent ou créent des emplois en territoire. Ces écosystèmes sont très souvent initiés par des entrepreneurs, en dehors de tout soutien de l’Etat, autour d’une ou de plusieurs entreprises leaders, d’une filière dominante et du « chasser en meute ». Le MEDEF et son réseau de 115 territoires ont un rôle d’animation pour consolider et aider à transformer nos PME. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été créée l’université du numérique au MEDEF, destinée à nos adhérents désireux de faire entrer leur entreprise dans l’ère digitale.

Mais cela ne suffit pas, car l’enjeu territorial est aussi celui des infrastructures. De nombreuses études ont confirmé le lien entre infrastructures, croissance et attractivité des territoires. Le problème est bien plus global et préoccupant encore : la France, jadis leader, perd aujourd’hui régulièrement des places dans les classements internationaux en matière d’infrastructures de réseaux comme l’a souligné le Forum Economique Mondial.

Dans un contexte de réduction des déficits, la France n’a pas fait le choix de préserver l’investissement public, ni pris de dispositions pour que le relais soit assuré par des investisseurs privés. Cette politique a eu pour effet d’accélérer le déclassement de nos infrastructures qui ont pourtant été longtemps notre fierté.

Ce mouvement risque en effet de s’accentuer encore dans les toutes prochaines années si l’on ne fait rien. Les besoins en infrastructures sont phénoménaux au regard des enjeux liés à la transition écologique, au développement du numérique et à la cohésion sociale et territoriale.

N’oublions jamais que les disparités d’équipement en infrastructures numériques performantes d’un territoire à l’autre accroissent les écarts d’attractivité… le niveau de couverture en très haut débit est indéniablement devenu un critère de choix de localisation pour l’ensemble des acteurs économiques.

Il est nécessaire de mettre en place une véritable gouvernance des infrastructures en se dotant d’une politique nationale, en reconnaissant aux régions une réelle compétence et en disposant d’un nouvel outil de financement dédié.

Pour relever le défi des transformations économiques et technologiques en cours (nouvelles mobilités, transition énergétique, transformation numérique…), il faudra bien plus qu’un maintien de l’effort d’investissement à son niveau actuel.

Dans le cadre du MEDEF, nous encourageons un rééquilibrage des efforts de réduction des dépenses publiques pour préserver l’investissement plutôt que les dépenses de fonctionnement. Mais nous devrons aller bien plus loin : avec tous nos adhérents en région, notre mission consiste à faire émerger de nouveaux moyens de financements privés dédiés à accélérer les transformations.

Les ingrédients de la réussite sont connus. La France doit par conséquent s’inspirer des pays qui sont parvenus à planifier à moyen et long terme un programme de développement des infrastructures stratégiques, sécurisé par la création de financements dédiés de long-terme (à l’instar du Canada, du Danemark, de la Suisse, du Royaume-Uni…). Elle doit aussi veiller à mieux orienter les investisseurs potentiels vers des projets d’infrastructures qui ne représentent guère aujourd’hui qu’environ 1% du volume des investissements institutionnels. On l’aura compris : refondre une politique nationale d’infrastructures ambitieuse, c’est offrir à notre pays demain de réelles perspectives en matière de croissance mais c’est aussi booster l’attractivité de tous nos territoires.

Geoffroy ROUX DE BEZIEUX, Candidat à la Présidence du MEDEF
Sylvain APPAIRE, Président du MEDEF de Cholet
Paul-François ARRIGHI, Président du MEDEF des Deux-Sèvres
Christine BERTRAND, Présidente du MEDEF Meurthe et Moselle
Thierry DEBOURG, Président du MEDEF Limousin – Haute-Vienne
Nicolas DUMAS, Président du MEDEF Cher
Eric GIRAUDIER, Président du MEDEF Gard
Josiane GOUZE-FAURE, Présidente du MEDEF Ariège-Pyrénées
Pierre-Antoine KERN, Président du MEDEF Côte-d’Or
Richard LAZUROWICZ, Président du MEDEF Vienne
Francis LHEURE, Président du MEDEF du Loiret
Philippe NEYS, Président du MEDEF Pays-Basque
Bertrand SCHAUP, Président du MEDEF Anjou
Samuel TUAL, Président du MEDEF Mayenne
Denis VOGADE, Président du MEDEF Alpes-de-Haute-Provence

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Le véritable capitalisme est celui qui associe les salariés à la performance de l’entreprise

 

Depuis plus de 20 ans je me bats pour développer l’association des salariés à la performance de l’entreprise sous toutes ses formes (participation aux bénéfices, intéressement, plans d’épargne salariale, actionnariat salarié…) Aujourd’hui le gouvernement en fait une priorité et je m’en réjouis. Pour une raison évidente : l’épargne salariale fait avantageusement converger les intérêts de l’entreprise, qu’elle rend plus performante, et ceux des salariés, qu’elle associe à ses résultats, tout en les aidant à préparer leur avenir (constitution d’une capacité d’épargne, préparation de la retraite…).

Il y a plus encore : à l’heure où les jeunes générations (« millenials ») qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail expriment une vraie quête de sens, l’épargne salariale peut aussi leur offrir une vision plus moderne de l’entreprise, plus inclusive lorsqu’il s’agit de partager les bénéfices de la croissance.

C’est vrai qu’aujourd’hui, l’épargne salariale se porte plutôt bien en France : plus de 11 millions de personnes en bénéficient, avec une progression de + 43% des accords signés en 2016. Mais nous revenons de loin car entre la hausse vertigineuse du forfait social, passé de 0 à 20% en 10 ans et de nombreuses opérations de déblocage anticipés la croissance régulière avait été stoppée. Nous avons la chance d’avoir en France toute une palette d’outils adaptés au différent type d’entreprise et e salariés : il ne faut rien inventer mais simplifier et moderniser et arrêter de surtaxer

Pour une réforme ambitieuse de l’épargne salariale

Mais c’est encore insuffisant. L’épargne salariale devrait pouvoir profiter au plus grand nombre aujourd’hui et être plus accessible dans ses modalités d’accès en 2018 ! Actuellement, seulement 16,5% des salariés présents dans les entreprises de moins de 50 salariés sont couverts par au moins un dispositif d’épargne salariale. Il nous faut donc trouver le moyen de mieux ancrer la pratique de l’épargne salariale dans les TPE et les PME françaises, encore peu conscientes de cette opportunité.

Comment s’y prendre ?

Par la mobilisation de l’ensemble des acteurs pour sensibiliser les dirigeants d’entreprises de petite et moyenne taille. Mais il faudra plus : un régime juridique, fiscal et social de l’épargne salariale revu pour gagner en cohérence avec cette ambition, c’est-à-dire suffisamment incitatif pour les entreprises et pour les salariés.

C’est pourquoi, je demande une diminution drastique du forfait social pour tout dispositif d’intéressement, de participation, de PEE et de PERCO et de contrats de retraite, pour revenir à un taux de 8% (contre 20% aujourd’hui et 16% dans les entreprises de moins de 50 salariés, applicable à leur premier accord d’intéressement pour une durée maximale de six ans). L’idéal serait même d’aller jusqu’à la suppression du forfait social d’ici la fin du quinquennat pour toutes les entreprises.

La formule de calcul de participation date de 1967. Elle est illisible pour le salarié et pour l’entrepreneur qui ne voit pas le lien avec le profit dégagé par l’entreprise. De plus elle n’est pas du tout adaptée aux nouveaux secteurs d l’économie de services. Il faut autoriser les branches à négocier une formule dérogatoire qui permettre de mieux coller à la création de la valeur ajoutée.

L’actionnariat salarié doit également pouvoir profiter à tous !

La réforme de l’intéressement et de la participation devra aller encore plus loin, j’en suis convaincu. Elle doit comporter aussi un objectif ambitieux de développement de l’actionnariat salarié : c’est un dispositif souvent indispensable pour motiver et fidéliser les salariés, mais aussi pour préserver et stabiliser le capital de l’entreprise.

Il nous faut en effet corriger un déséquilibre nuisible au développement de l’actionnariat salarié dans notre pays : aujourd’hui, il profite surtout aux salariés des entreprises cotées (3,3 millions de salariés actionnaires) et beaucoup moins à ceux appartenant aux sociétés non cotées (seulement 250 000 salariés actionnaires). L’actionnariat dans le côté doit être favorisé en créant un cadre fiscal stable et juridiquement sécurisé pour la valorisation des actions à l’achat comme à la revente

Le cadre fiscal devra également bouger si l’on veut réussir à mieux inciter les dirigeants et les actionnaires à associer leurs salariés au capital de leur entreprise : une exonération de fiscalité sur les plus-values pour toute personne physique cédant aux salariés d’une entreprise une partie significative du capital de ladite entreprise enverrait un signal très fort en ce sens.

Trouvons ensemble le moyen de réconcilier une bonne fois pour toutes, les intérêts du capital et du travail ! C’est bien là le sens de mon combat au service des entrepreneurs et de leur croissance. D’une croissance forte, durable et équilibrée.

 

Geoffroy ROUX DE BEZIEUX, Président fondateur de NOTUS Technologies, Vice-président délégué du MEDEF

Michel BON, Président de Fondact, association qui, depuis 40 ans, favorise la participation des salariés à la vie de l’entreprise

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